13. octobre 2014

94 % des français expriment l'envie de s’expatrier

Les français sont autant que les pakistanais à vouloir quitter leur Mère patrie pour aller travailler à l’étranger, d’après un récent rapport du Boston Consulting Group.

« Les rats quittent le navire. » On se méprend trop souvent sur le sens de cette maxime. Née au Moyen-âge, celle-ci ne signifie pas que les rats abandonnent le capitaine, mais qu’ils le préviennent d’un danger, en l’occurrence d’une tempête à venir. A l’époque, les rongeurs faisaient office de baromètre de confiance. Et les choses n’ont pas changé. Car c’est bien la première expression qui vient à l’esprit, à la lecture du dernier rapport du Boston Consulting Group (BCG), « Decoding global talent ». Ainsi, 94 % des français interrogés déclarent avoir envie de s’expatrier pour travailler à l’étranger. Ce qui range l’Hexagone dans la même catégorie que le Pakistan, la Jamaïque, ou encore la Tunisie (cf. encadré) ! Vous pensez que toutes les contrées de la Vieille Europe croient que l’herbe est plus verte ailleurs ? Vous vous trompez. Plus de la moitié des allemands et des britanniques déclarent vouloir rester actifs dans leur mère-patrie. Au même titre que les américains. « Les raisons qui sous-tendent une volonté moins affirmée de vouloir s’expatrier différent, mais la stabilité économique y est pour beaucoup », souligne le rapport du BCG.  

Finance, victime du brain drain

C’est cette confiance écornée de l’intérieur qui doit nous inquiéter. Au Forum des LPs étrangers organisée fin septembre par l’Afic, Stephen Cavell, senior partner de Graphite Capital, s’est ému de cette « fuite des cerveaux» et de ce qu’elle présageait pour l’avenir de l’industrie financière française (private equity en tête). Si le brain drain dont la France a été historiquement victime touchait surtout les chercheurs (santé, médecine, etc.), il frappe aujourd’hui en plein cœur l’économie productive. Et on ne peut pas compter sur le pouvoir d’attraction de l’Hexagone pour équilibrer la balance. Pour les quelque 200 000 personnes sondées à travers le monde par BCG, les Etats-Unis et le Royaume-Uni restent les deux pôles principaux d’attrait, avec respectivement 42 % et 37 % des suffrages. La France ne se situe qu’au sixième rang. Bien qu’elle ait été classée en deuxième position des pays qui abritent les plus de sociétés innovantes par Forbes en 2013. Bien qu’elle ait été classée en deuxième position des pays qui abritent le plus de grands groupes par le Fortune 500 en 2014.

The Times  vs. The Economist

Il nous reste à croiser les doigts pour que les investisseurs internationaux soient moins attentifs aux envolées d’Andy Street qu’aux discours de Manuel Valls. Le premier (patron des magasins britanniques John Lewis) a déclaré en Une du Times que la France était « sclérosée, sans espoir, déprimée, (…), en bref, finie ». C’était trois jours avant que le second aille se frotter à David Cameron et à toute la City londonienne. Il leur a répété à quel point son gouvernement était « pro-business ». Et même l’hebdomadaire britannique The Economist, dont on sait à quel point il n’est pas franchement francophile, s’est fendu d’un article de plusieurs pages où il donne du crédit à « Valls 2 ». Il y insiste sur les pedigrees d’Emmanuel Macron (ex-Rothschild) et de Laurence Boone (l’ancienne économiste de Bank of America devenue conseillère économique de François Hollande). Et sur le fait que « la productivité par heure travaillée est la même en France qu’en Allemagne bien que le nombre d’heures travaillées par personne en France soit moindre ».

 

Par Emmanuelle Duten | 09/10/2014 |Capital Finances