4. mars 2015

L’Allemagne capte de plus en plus l’industrie de la zone euro!

L’Allemagne est le seul pays de la zone euro à avoir créé des emplois industriels depuis 2007 et le seul où la part de l’industrie dans le PIB n’a pas baissé depuis 2000.


 

Un seul pays dans toute l’Europe, l’Allemagne, a réussi à créer des emplois dans l’industrie depuis 2007 : environ 60.000, selon un récent rapport de la Commission  européenne. Les trois pays qui ont le plus détruit d’emplois industriels  sur la même période sont l’Espagne, l’Italie et la France. « La pression de la concurrence étrangère sur les prix a entraîné une détérioration des marges des entreprises dans de nombreux Etats membres », expliquent  les économistes de Bruxelles.  Et, «en plus, la dynamique d’investissement a ralenti ».

Prise dans son ensemble, l’industrie de la zone euro ne cesse de rétrécir. La part de l’industrie manufacturière dans la valeur ajoutéeadiminuéde15, 8%en2008 à 15,1 % en 2013 et 3,5 millions d’emplois industriels ont été détruits dans le secteur en cinq ans.

« De facto, on assiste à une concentration de l’industrie de la zone euro en Allemagne », souligne  Xavier Ragot, président de l’OFCE. Depuis 2000, c’est-à-dire l’arrivée de l’euro, c’est le seul pays qui  n’a pas vu l’importance de son industrie par rapport à son PIB décroître. En 2013, l’industrie  représentait 21,8% de la valeur ajoutée outre-Rhin  contre…10,2%dans l’Hexagone.

 

Deux phénomènes expliquent cette tendance de l’industrie européenne  à se développer d’abord de l’autre côté du Rhin. Premièrement, « les coûts salariaux ont divergé entre la France et l’Allemagne de 20% depuis 1995 et cette divergence s’observe aussi avec la plupart des Etats membres, même si elle est plus prononcée avec les pays du sud de l’Europe », explique Xavier Ragot. Ensuite, l’euro a poussé à un mouvement de spécialisation des économies, comme l’avait prédit le prix Nobel d’économie Paul Krugman au début des années 1990.

L’économiste américain expliquait que, avec la disparition du risque de change,  une union monétaire pousse les entreprises à localiser leurs activités là où elles seront le plus efficaces. Les industries à forte valeur ajoutée ont tendance à s’installer dans les pays où la main-d’œuvre qualifiée est abondante et où il est facile de trouver des financements. A l’inverse, les productions de bas de gamme se dirigent en priorité vers les pays où le travail est le moins coûteux. En plus, « il existe des effets d’agglomération, c’est-à-dire la possibilité de réaliser des gains de productivité grâce à la proximité géographique des entreprises les unes avec les autres, décrypte Xavier Ragot. Un industriel aura par exemple tendance à aller en Allemagne en raison de la facilité à trouver des ingénieurs formés puisque l’industrie est déjà forte dans ce pays », poursuit le président de l’OFCE.